Monseigneur Olivier Leborgne : « Colère »

Colère

Notre société, au moins un certain nombre de ses membres, est en colère.

Des faits et des sentiments, les uns appelant les autres et vice versa, sont à l’origine de cette colère. Son mode d’expression est désordonné mais comment ne pas l’entendre ? Il est sans doute difficile de cerner l’ensemble des tenants et des aboutissants de cette crise. Tout au moins est-il possible de dire qu’un sentiment d’abandon, de déclassement ou de bouc émissaire envahit ce que l’on appelle la ruralité et ceux qui la font.  La précarité progresse et la dissolution du lien avance. Alors une colère s’exprime. La résignation ne parait plus possible, même si le cri qui monte semble manquer d’espérance.

« Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où j’accomplirai la parole de bonheur que j’ai adressée à la maison d’Israël et de Juda » disait le Seigneur par le prophète Jérémie dans une lecture que nous avons entendue ce premier dimanche de l’Avent. La parole de bonheur portée par l’Evangile est-elle encore audible ? La fraternité que nous voulons promouvoir est-elle encore crédible ? Peuvent-elles encore rencontrer le cri et la colère de nos contemporains ?

Plus que jamais. La fraternité a une dimension politique qui vient rencontrer notre actualité dans au moins trois directions.

Tout d’abord, la fraternité désire honorer chacun dans sa singularité et travaille dans le même temps à la recherche et au service du bien commun. La vie sociale ne se construit pas sur l’intérêt général – qui est généralement pensé comme l’intérêt du plus grand nombre – ou sur la somme des intérêts particuliers. C’est seulement à partir du bien commun, celui que nous avons en partage de par notre humanité même et qui résonne comme un appel, qu’une vie sociale fraternelle est possible. Si nous ne visons pas cela, nous ne serons pas à hauteur d’homme et la vie sociale ne sera que juxtaposition explosive d’égoïsmes. L’Évangile de la fraternité et la tradition sociale de l’Église sont à ce sujet d’importantes ressources.

Ensuite, la fraternité est profondément contestatrice d’une société ultra libérale et libertaire qui n’a aucun intérêt aux solidarités. Tout un discours apparemment positif sur la liberté comme autonomie absolue sape en fait les règles du vivre ensemble et rejette la figure de l’altérité. Il isole et laisse tellement seul. Un certain nombre de chemins de développement personnel appellent à trouver en soi les forces pour s’en sortir – et c’est bien –, mais tendent en même temps petit à petit à laisser entendre que là seul est la solution, et que le combat commun pour la justice n’est plus pertinent. Le désengagement des solidarités collectives ne peut que faire la joie de l’ultra libéralisme et des puissances politiques autoréférencées.

Enfin, la fraternité au quotidien, dans la simplicité concrète de gestes apparemment anodins, est une réponse à l’isolement que notre société consumériste promeut. Il nous faut retisser d’authentiques réseaux de fraternité. Cela coûte. Nous ne pouvons pas revendiquer la fraternité et souhaiter ne pas bouger de notre confort. Cela commence par de tous petits gestes : oser se dire bonjour, prendre des nouvelles. Des actes si simples qui peuvent ouvrir de vrais chemins d’humanité et de fraternité. Osons ces gestes, et laissons-nous faire par l’Esprit.

La fraternité évangélique comme fraternité missionnaire est décidément un appel urgent de l’Esprit pour notre temps.

Bon Avent

 

+ Olivier Leborgne

Publié le 8 décembre 2018, dans actualité, et tagué . Bookmarquez ce permalien. Commentaires fermés sur Monseigneur Olivier Leborgne : « Colère ».

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