Archives de Catégorie: Editorial

Me voici, envoie-moi (Isaïe 6,8)

Qu’est-ce qui revient à Dieu ? Qu’est-ce qui revient à César ? A l’aide d’une pièce d’un denier, Jésus nous répond : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Certains y verront le fondement de la laïcité, de l’autonomie de la société. Mais il est impossible d’opposer Dieu à sa création, à notre prochain et à nos devoirs de citoyens.

Servir est notre plus belle mission. Mais servir qui ? Servir Dieu ? Servir les autres ? Les deux à la fois ?

Le service des hommes au nom du service de Dieu a pour nom la « charité », au sens premier du terme, qui est l’expression même de l’amour de Dieu. L’amour rend notre foi active, stimule notre espérance et notre prière. L’apôtre Paul nous dit que Dieu nous a choisis, choisis pour faire le bien, pour annoncer l’Évangile, en témoigner et le rendre vivant dans le monde. C’est une bonne nouvelle, un beau cadeau que Dieu nous fait.

Ce qui est pertinent dans la parole de Jésus : ne sacraliser aucun pouvoir (l’empereur était divinisé) et ne pas faire jouer à Dieu le rôle de César (un Dieu temporel), car ce qui est à l’effigie de Dieu, ne l’oublions pas, c’est l’être humain créé à sa ressemblance. (Gn 1,26). Rendons grâce à Dieu -Notre Père- pour l’œuvre merveilleuse à accomplir…

 Jean-Marc Boissard, prêtre

Un banquet offert à tous

Alors que la pandémie mondiale restreint tous les rassemblements et même les réunions familiales, voici que le Seigneur nous invite à sa fête, celle du « royaume », une fête géante de fraternité universelle. Aimer sans frontières, sans faire de différences entre les hommes, inviter le tout venant, « les mauvais comme les bons », précise l’évangile ; nous sommes dans l’enchantement de l’amour surabondant de Dieu, miséricordieux pour chacun. Venez à la fête…le repas est grandiose et gratuit. Or, les invités répondent avec désinvolture qu’ils ont mieux à faire…

Voici que cette invitation nous rejoint sur nos chemins. Il nous est demandé par le Seigneur, une ouverture du cœur et de l’esprit, plus large et plus en profondeur. La « Maison-Dieu » est une maison pour tous. Nous n’avons donc pas à juger les personnes, c’est l’affaire de Dieu. Le Seigneur nous invite à la joie et nous demande de la partager… Le repas des noces évoque l’eucharistie : « Heureux les invités au repas du Seigneur. » Rendons grâce…

Ce dimanche 11 octobre inaugure la Semaine Missionnaire Mondiale. Le pape François, dans sa nouvelle encyclique « Fratelli Tutti – Tous Frères », nous invite à être disciples missionnaires dans un mode de vie au goût de l’Evangile, dans la simplicité et l’amour fraternel…

 Jean-Marc Boissard, prêtre

Donner ses fruits au monde : c’est la mission de chaque chrétien

Dans la parabole de la vigne, Dieu nous appelle à « porter du fruit », chacun donnant sa vraie mesure. La vigne est un symbole qui a plusieurs sens : celui de la fécondité avec son fruit, le raisin ; celui de la fête avec le vin, « fruit de la terre et du travail des hommes » ; celui du sacrifice du Christ en croix, fruit de la vie de Dieu donnée en abondance dans chaque eucharistie, en signe d’Alliance, de communion profonde.

Nous avons tous en mémoire cette parole de Jésus : « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron » (Jn 15,1). Une manière de nous dire : « Je suis le cep nourricier, la sève, le fruit qui vous nourrit ». En avons-nous vraiment conscience ?

Il nous faut lire et relire cette parabole car elle est d’actualité. L’homme, comme au temps de Jésus, se croit maître de tout et le revendique. Il se prend pour le propriétaire des biens de  la terre, n’hésite pas à les dilapider, voire à employer la violence pour arriver à ses fins. De fait, il refuse de reconnaître le vrai maître en oubliant que l’humanité est cette vigne que Dieu chérit. Oui, Dieu offre à l’homme sa création, un vignoble à cultiver, du raisin à produire, du vin à goûter, de la joie à partager, de l’amour à communiquer…

En ce dimanche 4 octobre, la figure de St François d’Assise nous est donnée par le pape François comme référence pour notre temps. Sous le regard de Dieu, il nous revient de faire croître l’amour, jailli du cœur du Christ-Jésus qui nous envoie vers tous nos frères.

 Jean-Marc Boissard, prêtre

Sur la route des hommes…

Sur la route des hommes…

L’histoire de l’Eglise est riche de personnes dont la conversion a surpris tout le monde. En premier lieu, nous pensons à celle de Saint Paul, persécuteur des chrétiens, qui devient leur premier défenseur. Ou encore, à celle de Marie-Madeleine, prostituée de son état, saisie par le Christ, qui sème la bonne nouvelle de la résurrection du Seigneur au cœur du monde…

En Picardie, un jeune homme, Firmin, originaire de Pampelune, nous arrive vers la fin du IIIème siècle pour évangéliser notre terre de Somme dans laquelle il mourra martyr avec quelques compagnons, à l’endroit même où est bâtie l’église Saint- Acheul d’Amiens (la crypte peut toujours être visitée).

Faire mémoire de ces figures ravive notre foi et rend actuel l’appel à la mission. En la fête diocésaine de Saint Firmin, au cours de laquelle des adultes reçoivent le sacrement de confirmation, des défis nous sont lancés : être pour nos contemporains des porte-paroles de l’Evangile et de son espérance et être des porteurs de confiance en l’avenir.

« Oui » et ne pas faire ou « non » et finir par le faire, tel est le choix proposé dans la Parole de ce dimanche. Sommes-nous disponibles à changer et à évoluer dans nos comportements ?

Notre conversion sera toujours de choisir le Christ plus simplement, plus profondément.

 Jean-Marc Boissard, prêtre

 

 

Dieu embauche…

C’est toujours au moyen d’images que Jésus nous parle du Royaume des Cieux. Un maître embauche des ouvriers à sa vigne. Aucune compétence n’est requise… pas de CV à fournir ! D’un commun accord, chacun recevra selon ce qui est promis. Tous les demandeurs seront sur un pied d’égalité.

Et pourtant, lorsque vient le moment de la paie, la plupart des ouvriers sont déçus. Quel est ce maître qui donne, à ceux qui n’ont travaillé qu’une heure, autant qu’à ceux qui sont là depuis le matin ?

La logique de Dieu nous déconcerte. Elle n’est pas la nôtre. Dieu serait-Il injuste ? Non, Il tient parole. Ses vues ne sont pas les nôtres. Pour Lui, comme pour le maître de l’Evangile, les personnes priment sur la rentabilité et ne sont pas au service de celle-ci. Image du Royaume des cieux où la foi ne se mesure pas au nombre d’heures ni à celui des années. Cette foi est une réponse à un appel que l’on reçoit. Dieu n’est pas calculateur. Il est maître du temps et de l’appel. Son amour est le même pour tous. Réjouissons-nous de Sa justice et de Sa grande générosité qui se déploient abondamment.

Alors, quels renversements de valeur serait-il bon d’accueillir ? Suis-je, moi aussi, conscient, heureux d’être envoyé à la vigne du Seigneur ?

 Jean-Marc Boissard, prêtre

 

 

La vie est trop courte : redécouvrons l’indulgence

La vie est trop courte : redécouvrons l’indulgence

« Rancune et colère, voilà des choses abominables où l’homme pécheur est passé maître » (Ben Sira le Sage)

St Paul nous dit que la seule manière d’arrêter le mal, c’est de le désarmer : « Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais rendez-vous vainqueurs du mal par le bien » (Romains 12,21)

Si l’on reste sur ses positions et dans la spirale de la violence, l’exigence évangélique nous semblera impossible. L’amour, que nous sommes invités à vivre, nous pousse à ne pas retenir ce que l’autre a pu faire pour nous blesser, mais à toujours voir le bien, le bon, dans le présent, pour l’avenir. Cela est très exigeant, mais c’est le message d’amour et de pardon du Christ que nous recevons en ce dimanche. Le « Seigneur est tendresse et pitié. Il n’agit pas envers nous selon nos fautes. Il pardonne et ne nous rend pas selon nos offenses », chante le psalmiste.

Ai-je des dettes à remettre ? des pardons à donner, à redonner ?

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » « Luc 6,36 »

Avec la grâce de Dieu, tout est possible. Demandons-la.

 

 Jean-Marc Boissard, prêtre

 

 

Oser parler vrai !

Oser parler vrai !

L’Evangile de ce dimanche est tiré d’un ensemble de « consignes » que Jésus adresse à la communauté des disciples, elle qui forme l’Eglise, telle que Dieu l’aime et la désire.

L’Eglise, comme tout groupe humain, comprend des hommes et des femmes fragiles, « pas meilleurs que les autres », comme on dit souvent. Jésus nous appelle donc à vivre dans des rapports fraternels. L’Eglise que Jésus décrit, c’est un groupe où l’on se parle, où l’on s’exprime et où l’on se sent responsable de ses frères.

Si nous avons des reproches à nous faire, c’est dans le dialogue qu’il faut le faire, en vue de garder l’unité. L’Eglise est lieu et lien de miséricorde. Dans nos efforts de réconciliation, croyons à la force de la prière, à cette présence cachée du Christ ressuscité : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis là, au milieu d’eux », dit le Seigneur.

 Jean-Marc Boissard, prêtre

 

 

Comportez-vous en chrétien : s’ajuster aux pensées de Dieu

Comportez-vous en chrétien : s’ajuster aux pensées de Dieu

Comme le prophète Jérémie et comme les apôtres Pierre et Paul ainsi que chaque croyant, nous sommes saisis par cet appel : « Mon âme a soif de toi, Seigneur mon Dieu ! » (Ps 62)

S’ajuster aux pensées de Dieu, chercher à accueillir chaque jour la volonté du Seigneur, telle est cette demande pressante de Jésus à ceux qui le suivent. Jésus, en homme libre et lucide, entrevoit sa passion et sa mort prochaine, annonce qu’Il va « souffrir beaucoup » par amour pour nous.

Mais Pierre, avec son bon sens ne comprend pas. Il réagit vivement. Alors le Christ-Jésus s’oppose à lui violemment. IL renverse les perspectives pour nous faire entrer dans celles de Dieu qui ne sont pas les nôtres et nous adresse cette parole : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive… »

Porter sa croix dans la vie quotidienne, c’est agir par amour des autres comme Jésus, leur donner priorité, accueillir la vie telle qu’elle se présente à nous. Cela demande des efforts, de la patience et de l’écoute intérieure …pour discerner. Sans nul doute, à certains jours, il nous faut prier devant la croix.

 Jean-Marc Boissard, prêtre

 

 

Question pour un champion

Question pour un champion

Si nous devions décrire Jésus, à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, que lui dirions-nous ?

C’est près de la source du Jourdain et devant le sanctuaire dédié au dieu hindou Paon (symbole de résurrection et d’éternité), que le Christ-Jésus interroge ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? »

Il y aurait mille et une façons de définir Jésus. Mais l’apôtre Simon n’a pas besoin d’un long discours pour affirmer, de façon spontanée, sa foi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». En admiration devant cette réponse, Jésus rend témoignage au Père de lui avoir donné la lumière de la foi. Comparé à un roc, Simon reçoit la mission de devenir la pierre de construction de l’Eglise parce qu’il croit.

Jésus bâtit… Il commence avec Simon-Pierre, cet homme humble, à la foi solide, à qui Il confie la tâche de guider l’humanité à entrer dans le dessein d’amour de Dieu. Quel projet magnifique !

Et moi, qu’aurais-je envie de répondre au Seigneur ? Quels mots vais-je employer ? Réfléchissons-y, car notre réponse nous engage, nous lie, nous relie au Christ et à son Eglise ou nous en délie. Certes, l’Eglise peut nous blesser et nous décevoir. Elle ne sera jamais idéale parce que faite d’hommes et de femmes imparfaits, pêcheurs, mais elle repose sur le Christ Tête, frère et Sauveur, pierre angulaire de la Bonne Nouvelle de l’Evangile. On ne peut donc prétendre aller à Dieu en refusant l’Eglise.

 Jean-Marc Boissard, prêtre

 

 

Dieu, anti raciste

Dieu, anti raciste

En se rendant au Liban, à Tyr et à Sidon, Jésus sait qu’il va rencontrer des gens différents, encore jamais côtoyés. Les juifs, en effet, n’aiment pas les Cananéens qu’ils traitent de « chiens ». C’est dans cette ambiance et ces connotations racistes qu’Il rencontre, de façon inattendue, une femme du pays.

Voici que cette femme vient troubler, par ses propos tenaces, la route de Jésus et de ses disciples. Elle lui demande avec force de guérir sa fille : « Prends pitié de moi, Seigneur, viens à mon secours ! » Devant l’attitude muette et fermée de Jésus, elle ne lâche rien. Au contraire, elle le supplie de tout son être. Et puis soudain, dans un retournement imprévu, Jésus l’exauce en émerveillement de sa foi. « Femme, ta foi est grande ! »

Dans cet Evangile, toutes les frontières sont franchies. Jésus n’est pas dans son pays et les conventions sont bousculées : une femme, une païenne lui adresse la parole. Jésus se laisse déranger et interpeller après l’avoir initialement rabrouée.

Jésus opère donc une révolution. Dieu nous est révélé comme le « tout autre ». Son amour « sauveur » est pour tous les hommes. Sa maison est pour tous les peuples (Isaïe). Quant à nous, quelle(s) grâce(s) avons-nous à demander au Seigneur, quel (s) pas avons-nous à franchir ?

 Jean-Marc Boissard, prêtre