Archives du 20 mai 2020

Ascension du Seigneur, nouveau départ…

Un acte de foi nous est demandé, celui de croire en la vie qui ne se limite pas à ce que nous en voyons « ici-bas ». Jésus est parti vers le ciel, auprès de son Père. Il nous laisse alors maître de notre destin ainsi que de celui de l’Eglise. Notre mission est claire : porter son message d’amour, d’espérance et de paix – cette joie de l’Evangile – à ce monde qui est le nôtre. Saurons-nous relever le défi ?

« Allez, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » nous dit-il. C’est un signe de bien, de bonté, de confiance et de force qu’Il nous témoigne. Dans les épreuves que nous traversons, le Seigneur ne nous laisse pas seul pour les surmonter. Certes, nous ne pouvons pas Le voir, mais Il est à nos côtés par la présence de son Esprit. Il veille sur nous, de « là-haut, en « compagnonnage » bienveillant. Rendons-Lui grâce.

Puisons donc dans la prière et la Parole, l’audace, le courage et l’espérance auprès de Dieu pour nous relever, mais aussi auprès des frères que sont notre famille, auprès des proches et des amis afin d’y trouver réconfort, vie fraternelle et chemins d’avenir. Bonne fête de l’Ascension !

Jean-Marc Boissard, prêtre

Abbé D.M. Dupré : un confinement insolite

UN CONFINEMENT INSOLITE

Quelle ne fut pas ma surprise quand, le 17 mars matin, le père évêque m’a demandé si j’acceptais de vivre le confinement au Carmel, pour permettre aux sœurs de remplir pleinement leur mission de prière, au sein de notre Eglise diocésaine. Après quelques hésitations, je donnais mon accord en me disant que c’était là une bonne idée du Seigneur pour me permettre de vivre un ‘’bon Carême’’.

J’ai donc fait mes valises pour une durée indéterminée… Comment avais-je pu imaginer que vivre bien son Carême est plus facile dans un monastère ? … Eh non ! Faire une retraite de 5-6 jours, ou être en vacances dans une maison religieuse ne présente guère de difficultés pour moi. Mais vivre pleinement intégré dans la vie des moniales, hormis le franchissement de la clôture, c’est autre chose. Je savais, bien sûr, que même un temps de Carême en retrait dans un monastère ne me dispenserait pas du combat spirituel pour gagner un ou deux points vers la sainteté. Pourtant, j’ai dû me rendre à l’évidence que je n’étais pas, comme prêtre, dispensé des efforts et de l’appel incessant à me convertir. J’avoue, maintenant, que ça me réjouis pleinement en sécrétant cette joie dont parle Jésus, dans l’évangile de Jean. (‘’Tout ce que je vous ai dit, c’est pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite’’).

Un autre aspect très fort : la célébration de la messe du dimanche des Rameaux. C’était très émouvant : il n’y avait que les 10 sœurs et moi, et nous « sentions » pleinement le silence sur la ville. C’était quasi la première fois que je célébrais la messe dominicale dans de telles conditions et j’en ai expérimenté, ‘’physiquement’’, la profondeur, l’intensité et la vérité. Ce temps m’a vraiment rempli de cette joie ( = la paix ) du Christ, dont parle St Jean.   Ce ressenti s’est confirmé tout au long de la Semaine Sainte et les dimanches suivants. Mais à cet élan porteur et cette profonde paix intérieure se mêle toujours la souffrance de penser à mes confrères prêtres, célébrant dans une église vide et aux fidèles en attente douloureuse de pouvoir se rassembler de nouveau pour la messe et d’autres célébrations. En même temps cette situation rappelle toute sa dimension à la célébration eucharistique : une messe n’est jamais célébrée seulement pour le groupe réuni, mais bien pour l’humanité entière, invitée au Repas du Seigneur. Cela fait du bien de le vivre dans sa chair.

Dernier point. Je n’ai jamais supporté ceux qui sont tentés de juger la vie des moines et des moniales comme inutile, comme non-sens. Je savais « intellectuellement » le rôle et l’importance capitale de leur vie et de leur témoignage pour la vie de l’Eglise et du monde. A travers ce confinement au Carmel, je l’expérimente et le vérifie. Il va sans dire que, chaque jour, vous êtes tous, personnellement, au cœur de ma prière. Cette « immersion » dans la vie de nos sœurs est vraiment cadeau qui fait grandir et qui sert le monde. Ce cadeau m’est offert, certes … mais pas sans sa part d’épreuves, de mystère, d’exigence, de persévérance, de confiance et d’abandon. En ce mois de Mai, mois de Marie, ne craignons pas de lui dire : « Marie, je crois que ton secret, c’est la confiance : certains l’appellent la foi et d’autres l’espérance, certains disent le courage et d’autres la fidélité. Marie, dis à ton fils que nous avons tellement besoin de cette confiance ! »

Nous voici, maintenant, en sortie de « CONFINEMENT ». Je nous souhaite, avec l’Esprit Saint, d’aborder le présent et l’avenir dans une profonde paix, comme je l’ai écrit aux membres du Conseil Diocésain de la vie consacrée : ‘’je rejoins le père évêque quand il s’écrie : « c’est dur et ça dure ». C’est bien vrai que cette pandémie, même si, dans l’ensemble, nous l’avons assez bien supportée, est plutôt éprouvante. Et ne rêvons pas d’un ‘’déconfinement’’ rapide et « tranquille ». Des voies autorisées, dans et hors de l’Eglise, nous invitent, avec beaucoup de sagesse, à ne pas nous laisser séduire par la sirène du « refaisons comme avant ». Il ne s’agit pas tant de retrouver nos vieilles pantoufles, que de chausser, avec sérénité et confiance, de nouveaux escarpins qui, riches d’hier, nous mènerons plus sûrement vers demain. Ceci écrit, ces semaines de vie recluse ne sont pas venues à bout de ma sérénité, de ma confiance et du désir de continuer à mettre nos énergies au service « de Dieu et des hommes.

Donc, à bientôt la joie de vous retrouver.

+ Dominique-Marie Dupré